{"id":157,"date":"2025-05-10T16:27:15","date_gmt":"2025-05-10T14:27:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lefinger.net\/?p=157"},"modified":"2025-05-10T19:05:25","modified_gmt":"2025-05-10T17:05:25","slug":"cap-vers-les-racines-de-lhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lefinger.net\/index.php\/2025\/05\/10\/cap-vers-les-racines-de-lhumanite\/","title":{"rendered":"Cap vers les racines de l&rsquo;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>La lumi\u00e8re tamis\u00e9e peine \u00e0 se faufiler jusqu\u2019au milieu de l\u2019endroit. Le d\u00e9cor est sombre et partiellement dor\u00e9, orn\u00e9 de panneaux et autres plaques publicitaires plus ou moins r\u00e9centes, tous parfaitement rang\u00e9s, align\u00e9s, judicieusement dispos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Une ambiance de vieux vaisseau, une arche, une coquille de noix sombre, isolant ses occupants de la rudesse des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs&#8230; Et la population embarqu\u00e9e le sait. Un brouhaha l\u00e9thargique remplit les diff\u00e9rentes salles, qui de son histoire, qui de son r\u00e9cit \u00e9pique, de son rire explosif. Ca sirote, \u00e7a raconte, \u00e7a circule, \u00e7a tumulte en somme. Une chaise qui r\u00e2cle le sol, un individu press\u00e9 de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me envahissant de pression urinaire. Subitement l\u2019urgence de la vidange devient prioritaire sur le d\u00e9lice du copieux remplissage. Il croisera \u00e0 coup s\u00fbr son homologue qui le pr\u00e9c\u00e8de de cinq minutes, d\u00e9sinvolte et plein d\u2019une nonchalance gagn\u00e9e au prix d\u2019une purge in extremis\u2026 lui aussi. Tous \u00e9gaux devant les limites d\u2019un sphincter pourtant de classe olympique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieux parle au jeune blanc-bec, les joues roses, le regard encore per\u00e7ant, les \u00e9clats de voix se m\u00ealent aux interjections savamment employ\u00e9es tant\u00f4t pour approuver, tant\u00f4t pour moquer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans ce navire immobile, refuge culturel de ceux qui savent encore vivre et profiter, il existe un chef d\u2019orchestre, un chef de pont \u00e0 la gouaille incomparable. Il est aux commandes, il manipule sa barre pour conduire qui voudra au sommet d\u2019une route vers l\u2019ivresse des sens. Il monte ou descend ses manettes en bois orn\u00e9es de vis et d&#8217;embouts dor\u00e9s, polies par des ann\u00e9es de man\u0153uvres incessantes, celle de droite et celle de gauche, le personnage rondouillard g\u00e8re son affaire le regard sautant de prospect en prospect.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est l\u00e0, plant\u00e9 derri\u00e8re sa fi\u00e8re cambuse. Trapu, d\u2019une bonhommie av\u00e9r\u00e9e, dodelinant fi\u00e8rement dans son couloir au plancher grin\u00e7ant et plaintif. La coupe courte, le cheveu ondulant c\u00f4toie la bouclette devenue claire, le nez voluptueux et volontaire supporte honn\u00eatement une petite paire de lunettes fine et dor\u00e9e sens\u00e9e apporter confort et performance \u00e0 ces yeux bleus cobalt, nich\u00e9s derri\u00e8re une vitrine corrective qui tend \u00e0 glisser prudemment au bout du promontoire olfactif. Il parle, apostrophe, acquiesce au simple regard du client friand, baisse, l\u00e8ve les tirettes, ajuste l\u2019\u00e9coulement dru et laminaire du breuvage aussi sombre que les lambris d\u2019un comptoir maintenant s\u00e9culaire. Avant de se retourner, vif comme un \u00e9clair pour pianoter avec vigueur sur le syst\u00e8me de paiement fi\u00e8rement plant\u00e9 sous les rang\u00e9es de bouteilles t\u00eates \u00e0 l\u2019envers. Seul m\u00e9canisme moderne d\u2019un radeau naufrag\u00e9 des temps, l\u2019\u00e9cran crache ses tickets.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est lui le capitaine, \u00e0 l\u2019accent rebondissant, hach\u00e9 et peu articul\u00e9, il faut dire qu\u2019il n\u2019a pas le temps de ciseler ses mots et que c\u2019est inutile. Tous les clients savent, la complicit\u00e9 est totale, personne ne se trompe. Un geste esquiss\u00e9, trois doigts lev\u00e9s et la commande est pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il est la le miracle, la pr\u00e9servation du sens de la vie, de la culture qui fait nation. Les esprits lucides sur le poids de la vie qui s\u2019autorisent encore des connexions spirituelles les uns avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu importe son \u00e2ge ou sa condition, le rude climat de la r\u00e9gion finira de toute mani\u00e8re par roussir les cheveux des vieux ainsi que ceux des nouveaux n\u00e9s. Cette terre de pauvret\u00e9, de douleurs et de fiert\u00e9. Cette humanit\u00e9 qui r\u00e9siste au poids des ans et des modes gr\u00e2ce \u00e0 ce radeau de fortune pour des \u00eatres parfois infortun\u00e9s joue le r\u00f4le de peigne qui sait mettre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te les jeunes, les vieux, les rev\u00eaches et les tordus. Blancs, noirs, roux, tous finiront d\u2019accord et dans le m\u00eame sens, comme une m\u00e8che lisse. La continuit\u00e9 d\u2019un art de vivre connect\u00e9 \u00e0 ses traditions, \u00e0 ses contemporains ainsi qu&rsquo;\u00e0 ses a\u00efeux. \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La terre d\u2019Irlande, fi\u00e8re et forte du poids de la vie montre inlassablement le cap \u00e0 tenir dans les brumes de cette soci\u00e9t\u00e9 moderne d\u00e9senchant\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lumi\u00e8re tamis\u00e9e peine \u00e0 se faufiler jusqu\u2019au milieu de l\u2019endroit. 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