{"id":202,"date":"2025-05-29T17:24:34","date_gmt":"2025-05-29T15:24:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lefinger.net\/?p=202"},"modified":"2025-06-02T11:08:32","modified_gmt":"2025-06-02T09:08:32","slug":"petites-observations-humaines-rocknroll","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lefinger.net\/index.php\/2025\/05\/29\/petites-observations-humaines-rocknroll\/","title":{"rendered":"Petites observations humaines : rock&rsquo;n&rsquo;roll."},"content":{"rendered":"\n<p>Un soleil pre-estival darde ses innocents rayons sur une foule qui grouille sur un parking au sol caillouteux. L\u2019ambiance est exag\u00e9r\u00e9ment bon enfant, m\u00ealant toutes sortes d\u2019individus tous porteurs d\u2019aberrations morphologiques ostensiblement assum\u00e9es. C\u2019est trop beau pour \u00eatre vrai, enfin mati\u00e8re \u00e0 \u00e9tudier.<\/p>\n\n\n\n<p>Entour\u00e9s de v\u00e9hicules historiquement obsol\u00e8tes, \u00e7a d\u00e9ambule l\u2019air faussement d\u00e9gag\u00e9, \u00e7a erre, \u00e7a va et \u00e7a revient entre divers tas de ferraille dont la rouille a \u00e9t\u00e9 masqu\u00e9e par de multiples couches de vernis color\u00e9, all\u00e9gorie du camouflage esth\u00e9tique qui touche cette population d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le postulat est simple, pr\u00e9senter et admirer ce qui n\u2019est plus. Ce qui fut mais qui n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre. Vielles carcasses couinantes, vieux cycles motoris\u00e9s puants et bruyants, cette mode import\u00e9e d\u2019ailleurs que certains font passer comme culturellement h\u00e9rit\u00e9e d\u2019une vie clairement invent\u00e9e pour ne pas dire r\u00eav\u00e9e. Ils sont l\u00e0 pour c\u00e9l\u00e9brer un style de vie qu\u2019ils n\u2019ont jamais connu, le made in U.S.A fa\u00e7on baguette de pain, et c\u2019est bien l\u00e0 tout le drame.<\/p>\n\n\n\n<p>Les profils diff\u00e8rent mais sont tous des resuc\u00e9es d\u2019une vielle image rassie venue des Am\u00e9riques \u00e0 travers le prisme d\u00e9formant et vulgaire d\u2019un Hollywood malveillant.<\/p>\n\n\n\n<p>On y trouve le bonhomme aux cheveux blancs, longs et sales l\u00e2ch\u00e9s sur un blouson en cuir brod\u00e9 de badges color\u00e9s \u00e9voquant quelques appartenances imaginaires \u00e0 des groupes de rebelles, des \u2018<em>angels<\/em>\u2019 qui n\u2019ont jamais vu que les routes nationales de l\u2019hexagone, subodorant que la \u201866\u2019, c\u2019est pareil mais en plus sec. Des m\u00e2les dominants \u00e0 la cabine avanc\u00e9e, exub\u00e9rance d\u2019une panse trop remplie de bi\u00e8re probablement plus belge que ricaine et farcie des graillons locaux infectes, escamotant durablement le modeste tuyau urinaire de la vue du protagoniste, l\u2019obligeant \u00e0 d\u00e9velopper des talents de toucher\/palper afin d\u2019orienter le plus convenablement possible un timide jet d\u2019urine, exploit qu\u2019une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence prostatique \u00e9vidente oblige l\u2019homme press\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser plusieurs fois par heure. Mais \u00e7a domine du regard les autres et particuli\u00e8rement les femmes crois\u00e9es dans ce va et vient m\u00e9canique au milieu d\u2019\u00e9paves m\u00e9caniques elles aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles ne sont pas en reste, soumises \u00e0 une misogynie palpable, elles sont complices de la situation, v\u00eatues de vestons en cuir trop courts, \u00e7a montre lacets et \u0153illets m\u00e9talliques, \u00e7a dissimule \u00e0 peine les excroissances mammaires dans lesquelles la graisse a depuis longtemps remplac\u00e9 la gr\u00e2ce. L\u2019\u00e9l\u00e9gance est absente de tout l\u2019ensemble, remplac\u00e9e par des bottes mi mollet surplomb\u00e9es d\u2019un short en jeans trop court pour dissimuler les exc\u00e8s lipidiques d\u2019une alimentation coupable et hors de tout contr\u00f4le. Ca d\u00e9borde, de remue, \u00e7a rebondit, flasques mouvements d\u2019une peau trop sollicit\u00e9e par des abus irr\u00e9versibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019unit\u00e9 est l\u00e0, pourtant. L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me est vivant, reconnu et reconnaissable, la famille du mauvais genre est r\u00e9unie et fi\u00e8re de ce qu\u2019elle pense repr\u00e9senter&nbsp;: un esprit retors et libre de toute contrainte, \u00e0 condition toutefois que les versements de la C.A.F demeurent inchang\u00e9s. Au son d\u2019un groupe <em>live <\/em>aux guitares satur\u00e9es, de paroles hurl\u00e9es dans un micro mal r\u00e9gl\u00e9. C\u2019est fort et faux, mais c\u2019est le son de la libert\u00e9, celle du far west. Qui de son Stetson ou de son m\u00e9daillon de ceinture au cheval dress\u00e9 fa\u00e7on Ford Mustang (la Renault Kangoo est sur le parking, pourtant). Ca sonne rock, pour les durs, les vrais, les anciens qui connaissent la vie difficile, les 39 heures par semaine \u00e0 l&rsquo;usine, les temps durant lesquels les disques de country \u00e9taient rares et ou le King venait de succomber, assis sur son toilette \u00e9touff\u00e9 par son vomi \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis passe l\u2019individu touch\u00e9 par le seigneur, LE repr\u00e9sentant magique de ce mouvement de cloches informes, celui qui attire tous les regards, le bell\u00e2tre qui irradie de sa magnificence toute l\u2019assembl\u00e9e de cafards poussi\u00e9reux. Il survole le terrain, comme en l\u00e9vitation, le veston en jean est impeccablement ouvert sur un torse dodu et copieusement poilu, le pantalon est sale, la cha\u00eene fa\u00e7on gourmette retient un portefeuille bomb\u00e9, \u00e7a sent la chique et le mollard mais c\u2019est assum\u00e9. C\u2019est l\u2019odeur du m\u00e2le, l\u2019aura du dominant ultime. Le regard dissimul\u00e9 derri\u00e8re des lunettes noires qui recouvrent jusqu\u2019au commissures de yeux, il toise, m\u00e9prise et provoque les femelles d\u00e9j\u00e0 soumises. Son arme\u00a0? Son atout unique\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est simple, bien que frapp\u00e9 d\u2019une alop\u00e9cie cong\u00e9nitale contrariant lourdement son d\u00e9sir de silhouette capillaire en surplomb, il a su, par miracle, donner assez de volume au 12 poils restants une forme banano\u00efde satisfaisante, chargeant cette touffe fatigu\u00e9e, &nbsp;repr\u00e9sentante d\u2019une toison jadis abondante, d&rsquo;assurer la difficile t\u00e2che de perp\u00e9tuer la silhouette d\u2019un Elvis d\u00e9cid\u00e9ment parti trop t\u00f4t. Et il \u00e9tincelle, il suinte la sup\u00e9riorit\u00e9, il sera le dernier souvenir d\u2019un rassemblement pestilentiel de b\u00eatise et de mauvais go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le rapport entre ceux-l\u00e0 et la beaut\u00e9&nbsp;? Comment vivre cette vie par procuration sans souffrir d\u2019autant de crasse, de bruit et d\u2019abandon&nbsp;? Il est donc possible d\u2019oublier son humanit\u00e9 pour ces clich\u00e9s&nbsp;? Se sentir unique dans une telle uniformit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Confirmation des confirmations, ce monde \u00e9chappe \u00e0 l\u2019entendement. Il est d\u00e9j\u00e0 mort, ou je ne lui appartiens plus, le r\u00e9sultat est probablement identique. Je quitte l\u2019endroit rassur\u00e9 de n\u2019avoir rien compris au fondement de cette d\u00e9rive. Il vaut peut-\u00eatre mieux ne plus rien comprendre\u2026 Ca me va. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pars.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un soleil pre-estival darde ses innocents rayons sur une foule qui grouille sur un parking au sol caillouteux. L\u2019ambiance est exag\u00e9r\u00e9ment bon enfant, m\u00ealant toutes sortes d\u2019individus tous porteurs d\u2019aberrations morphologiques ostensiblement assum\u00e9es. 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